“Laissez leurs sourires tranquilles”

L’orthodontie est aujourd’hui le passage obligé pour un sourire parfait, gage de séduction et de réussite sociale. Mais redresser les dents n’est pas un acte anodin. L’orthodontie est une pratique dont les bénéfices sont incontestables, en particulier pour régler les troubles de la déglutition ou des problèmes de posture, mais elle a aussi ses limites, en particulier lorsqu’il s’agit de perturber un équilibre pour de simples raisons esthétiques. En particulier, pratiquer l’ablation d’une dent saine pour avoir un sourire parfait est une aberration. Le plus dramatique est que personne ne songe à remettre en cause cet acte et qu’il est de plus en plus accepté socialement. Si la nature nous a donné trente deux dents, il serait normal de toutes les conserver…

Effet de masse et efficacité apparente des résultats (des dents parfaitement alignées) expliquent pourquoi une pratique aussi barbare que l’orthodontie est passée dans les mœurs. « Il ne s’agit pas de refuser tout traitement, mais d’en pointer le côté mécaniste et mutilant avec ses effets néfastes à  long terme sur la santé », scande le docteur Estelle Vereeck, chirurgien dentiste, auteur du dictionnaire du langage de vos dents et d’un livre-pamphlet  « Orthodontie, halte au massacre ».

Le problème, selon elle, c’est que l’orthodontie se centre sur l’alignement des dents et néglige le véritable problème : l’étroitesse des mâchoires. Et quand on sait qu’extraire des dents pour « faire de la place » atrophie davantage les mâchoires, on se demande où est l’erreur.

Esthétiquement : un calcul à courte vue

 


Les répercussions de l’extraction de dents saines sont nombreuses, tant au plan physique que psychologique :

–  une atrophie de la mâchoire supérieure entraîne une orbite étroite (œil tombant) et des fosses nasales étroites (ce qui  oblige à respirer par la bouche ce qui allonge le visage).
–  une mâchoire inférieure étroite, elle, oblige à garder la tête en extension vers l’arrière pour élargir au maximum les voies aériennes et bloque la croissance du cou, ce qui accroît les problèmes respiratoires. Sans parler du préjudice esthétique (menton fuyant).
De plus, à  force de vouloir rendre le profil parfait on le rend plat. La ligne du profil dépend  en effet de  la position des mâchoires  et des dents qui soutiennent les lèvres, les joues, le menton. Et l’harmonie du visage et donc sa beauté dépendent  de sa structure osseuse.  « Plus il y a de pommettes, de mâchoires et de dents, plus le cadre osseux est large, moins les tissus mous s’affaissent  et plus le visage est tenu. En arrachant des dents, on rétracte la mâchoire. Le profil s’effondre. L’effet est d’autant plus désastreux que le nez est fort. Les conséquences sur l’esthétique sont irréversibles »,  explique le Dr Vereek.

Vers quarante ans, c’est le  vieillissement prématuré des structures qui soutiennent le visage avec, à la clé, recul du profil, tassement de l’arcade et compression des articulations des mâchoires. « En ordonnant  l’extraction de dents (et ceci d’autant plus facilement qu’il ne le fait pas lui-même), l’orthodontiste massacre des profils car il se fonde sur des standards céphalométriques et oublie que c’est le profil qui doit déterminer le placement des dents et non l’inverse », accuse le Dr Vereek.

 

Parfois des dommages définitifs sur les racines

Autre pratique barbare : les appareils multi-bagues ou attaches collées sur les dents  qui créent, outre la douleur  générée, des dommages définitifs : caries, émail abîmé, nécrose, déchaussement et plus dramatique, fonte des racines.

Cette fonte est d’autant plus prononcée que le sujet est adulte, car avec l’arrêt de la croissance, la racine ne se régénère plus aussi bien et l’ « édentation » guette. « Sans compter que déplacer les dents perturbe gravement les articulations des mâchoires, le dos et la posture. Surtout, le sourire chèrement acquis risque d’être éphémère puisque les patients récidivent dans 90% des cas », met en garde le Dr Vereeck.

La solution douce consisterait à utiliser des appareils amovibles (plaques fixées par des crochets, gouttières semi-souples en silicone) ou des casques orthopédiques à porter douze heures par jour. Seul bémol : efficaces chez l’enfant de moins de quatorze ans, ces solutions sont inutiles chez l’adulte.

Le mieux est d’exiger de votre orthodontiste les bagues nouvelle génération, dites bagues douces. Mises au point par le docteur Dwight Damon, ces bagues exercent des forces ultra-légères, permettent  de mener des traitements sans extractions (même chez l’adulte) et agissent plus vite que les multibagues classiques (vous pouvez vous renseigner sur ces bagues en allant sur le site www.ormcoeurope.com).

Mais le meilleur traitement reste le traitement précoce qui pourra se faire dans la douceur, sur une période plus longue et sera moins traumatisant. « N’attendez pas que les dents de votre enfant poussent de travers pour intervenir ».

 

 

Mastication, déglutition, respiration nasale…ça s’apprend

Une première visite de dépistage doit être programmée avant l’âge de six ans, suivie d’une visite annuelle de contrôle de l’engrènement des dents et de la position des mâchoires. Et misez sur la prévention :  « Incitez l’enfant à mastiquer dès l’apparition des premières dents. Apprenez-lui, en cas de respiration buccale, à respirer par le nez. Éduquez sa langue à la déglutition (une priorité absolue pour prévenir les problèmes de mâchoires étroites, d’encombrement, de  respiration buccale…) d’abord en l’allaitant suffisamment longtemps, ensuite en le sevrant de toute forme de succion (pouce ou tétine) au plus tard vers trois ans ».

 

Quoi qu’il en soit, il est prouvé qu’un problème d’orthodontie tel qu’il soit peut engendrer à terme, des problèmes de posture, ainsi que de dérèglement de la glande thyroïde …